L’envers et l’endroit : entretien avec l’artiste Muriel Valat-B

Pré­sen­ta­tion et entre­tien réa­li­sés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 25 février 2018.

http://www.lelitteraire.com/?p=38272

Muriel Valat-B crée à tra­vers un art aussi rupestre que contem­po­rain. Curieu­se­ment, le point — qu’il soit passé empiété ou non– crée d’étranges figures qui ne sont pas sans rap­pe­ler Cy Twom­bly. Comme pour lui ; créer revient à décréer afin de mieux pro­po­ser des voyages. La « cou­seuse » repre­nant un fil pre­mier et par­fois un fil perdu pour à la fois réunir et dis­sé­mi­ner selon des mélo­dies par­ti­cu­lières : chris­tiques (la croix) ou sen­suelles (le téton sug­géré).
D’où la pré­sence de plages ou de coques arach­néennes où la vie se trame selon une méta­phy­sique qui trame un uni­vers phy­sique où le tex­tile crée une pré­sence allé­go­rique. Muriel Valat-B sug­gère le sen­ti­ment dif­fus d’un étrange accom­plis­se­ment en deve­nir au sein de ce qui semble reve­nir à des fes­tons pre­miers. Autour de ce qui se coud sub­siste une mul­ti­tude de pos­si­bi­li­tés. Le flux des pro­ces­sus vitaux trouve une nou­velle figu­ra­tion libé­rée des réfé­rences clas­siques de la psy­ché. L’être est donné dans le sen­tir d’une pré­sence de « prises » d’espaces sour­de­ment rem­plis mais aussi nour­ris d’intervalles.

Les œuvres inter­pellent nos cer­ti­tudes par tra­ver­sées et fil­trages. La répé­ti­tion des points est tou­jours contra­riée par leurs tailles inégales. Ils s’interrompent par­fois et reprennent pour don­ner un souffle aux formes afin que l’imaginaire crée un espace dis­tan­cié mais pré­gnant. Le tex­tile gagne en ouver­tures dans de tels tra­cés et cou­leurs comme si la main de la créa­trice le façon­nait « aveu­glé­ment » pour le faire appa­raître autre­ment. C’est une manière de faire sur­gir une réa­lité plus expres­sive et impres­sive par un trai­te­ment par­ti­cu­lier de la com­pa­cité et l’opacité du maté­riau (toile et fils).
Muriel Valat-b ins­crit de la sorte son tra­vail dans la pré­dic­tion mal­lar­méenne : ” rien n’aura lieu que le lieu “. Cas­sant le chaos par ses géo­mé­tries vaga­bondes, une moda­lité de rup­ture et de rapiè­ce­ment crée des pré­sences éton­nantes en un arpen­tage où des niches appa­raissent ça et là dans le plein ou par un seul effet de péri­mètres optiques. Tout pose un ques­tion­ne­ment essen­tiel sur les notions de pré­sence et d’espace.

 Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
La joie et par­fois rien, hélas !

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?
Par­fois la petite pleu­reuse pointe son nez, mais je la laisse par­tir.
Jouer, j’essaie de jouer

A quoi avez-vous renoncé ?
À rien, hélas !

D’où venez-vous ?
Lais­ser s’effacer la mémoire.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
Tout.

Un petit plai­sir — quo­ti­dien ou non ?
Cares­ser le chat gris, encore et encore.

Qu’est-ce qui vous dis­tingue des autres artistes?
Le fait de vou­loir leur res­sem­bler et de ne pas y parvenir.

Com­ment définiriez-vous votre approche du tex­tile ?
Du bout des doigts.

Quelle est la pre­mière image qui vous inter­pella ?
Le mur blanc dans le salon de mes parents (à l’époque du règne du papier peint, une rareté, une chance à sai­sir) que je m’apprêtais à inves­tir avec mes crayons de cou­leurs, ten­ta­tive inter­rom­pue par ma mère.

Et votre pre­mière lec­ture ?
Peut-être un « Oui-Oui » ? dans le lit à côté de ma sœur.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Tous, je les relis tous, ou bien je ne les finis pas.

Quel film vous fait pleu­rer ?
Tous.

Quelles musiques écoutez-vous ?
En fait tout, tout, tout, en ce moment Arvo Pärt « Alina », les Clash, Iyeoka, Mélissa Devaux, sta­bat mater Per­go­lese, chants séfa­rades, Fateh Ali Kahn, Oum Kalsoum.

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez-vous ?
Joker !

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
À vous jusqu’à aujourd’hui.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Per­pi­gnan Ber­lin Calcutta.

Quels sont les artistes et écri­vains dont vous vous sen­tez le plus proche ?
Je n’aime pas trop les Pan­théon, et puis je n’ai pas de mémoire, je vais oublier les essen­tiels et me sen­tir aban­don­née (je vou­drais tous les ser­rer contre moi) ou craindre de citer ceux que je n’aurais pas dû citer, quel piège !
Mais je me risque tout de même car c’est trop bon d’évoquer et de par­ta­ger les noms des « amis invi­sibles » selon l’expression de mon amie auteur, Syl­vie Doi­zel et Les 3 « Mar­gue­rite » qui ont rythmé ma vie, Duras à l’adolescence, Your­ce­nar plus tard et la matu­rité, Mar­gue­rite Porete.Cy Twom­bly !! Mark Rothko, Mark Tobey beau­coup d’autres,
Eva Hesse, Pier­rette Bloch, Julius Bis­sier, Chil­lida, Fau­trier, Robert Mor­ris, De Koo­ning, Klee, Penone, Toko Shi­noda, Vieira da Silva, De Vries, Joan Mit­chell, Helen Fran­ken­tha­ler, Nelly Sachs, Jacot­tet, Chris­tophe Tar­kos, Tho­reau (Wal­den), Syl­vie Doi­ze­let (l’ami invi­sible) et tous les vivants-amis artistes ou auteurs que je côtoie, évo­quer tous les noms de ces éveilleurs est un pur bon­heur, comme si un uni­vers sur­gis­sait à chaque fois,
Et puis, c’est aussi par­fois dans l’instant, il se passe quelque chose, ça peut-être avec une seule œuvre d’un artiste.

Qu’aimeriez-vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
Un an de moins

Que défendez-vous ?
Mon os (encore hélas !)

Que vous ins­pire la phrase de Lacan : “L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas”?
Une franche rigo­lade, libérateur !

Que pensez-vous de celle de W. Allen : “La réponse est oui mais quelle était la ques­tion ? »
Eh bien oui !

Quelle ques­tion ai-je oublié de vous poser ?
Êtes-vous prête ?

 

 

 

Un commentaire sur « L’envers et l’endroit : entretien avec l’artiste Muriel Valat-B »

  1. L’essayiste Jean Fré­mon le remarque dans son ouvrage épo­nyme : « Louise Bour­geois n’a certes rien d’une igno­rante fille, mais elle s’est néan­moins recon­nue dans cette humble acti­vité cou­tu­rière ” .
    Muriel Valat-B , Eugé­nie Gran­det et JPGP par­tagent l’intimité de L B .

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