About

Atelier

CartePostale-Portes ouvertes2018

«Une femme doit avoir de l’argent et un lieu à elle si elle veut écrire de la fiction.» Virginia Woolf a room of one’s own. Ce n’est pas une bedroom, mais a room of one’s own, pas une chambre à soi, mais une pièce, un lieu à soi fermant à clé, c’est-à-dire d’indépendance, d’espace et de temps pour écrire.

0953     photo © Herman Hola

Entretien par Jean-Paul Gavart-Perret

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
La joie et par­fois rien, hélas !

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?
Par­fois la petite pleu­reuse pointe son nez, mais je la laisse par­tir.
Jouer, j’essaie de jouer

A quoi avez-vous renoncé ?
À rien, hélas !

D’où venez-vous ?
Lais­ser s’effacer la mémoire.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
Tout.

Un petit plai­sir — quo­ti­dien ou non ?
Cares­ser le chat gris, encore et encore.

Qu’est-ce qui vous dis­tingue des autres artistes?
Le fait de vou­loir leur res­sem­bler et de ne pas y parvenir.

Com­ment définiriez-vous votre approche du tex­tile ?
Du bout des doigts.

Quelle est la pre­mière image qui vous inter­pella ?
Le mur blanc dans le salon de mes parents (à l’époque du règne du papier peint, une rareté, une chance à sai­sir) que je m’apprêtais à inves­tir avec mes crayons de cou­leurs, ten­ta­tive inter­rom­pue par ma mère.

Et votre pre­mière lec­ture ?
Peut-être un « Oui-Oui » ? dans le lit à côté de ma sœur.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Tous, je les relis tous, ou bien je ne les finis pas.

Quelles musiques écoutez-vous ?
En fait tout, tout, tout, en ce moment Arvo Pärt « Alina », les Clash, Iyeoka, Mélissa Devaux, sta­bat mater Per­go­lese, chants séfa­rades, Fateh Ali Kahn, Oum Kalsoum.

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez-vous ?
Joker !

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
À vous jusqu’à aujourd’hui.

Quels sont les artistes et écri­vains dont vous vous sen­tez le plus proche ?
Je n’aime pas trop les Pan­théon, et puis je n’ai pas de mémoire, je vais oublier les essen­tiels et me sen­tir aban­don­née (je vou­drais tous les ser­rer contre moi) ou craindre de citer ceux que je n’aurais pas dû citer, quel piège !
Mais je me risque tout de même car c’est trop bon d’évoquer et de par­ta­ger les noms des « amis invi­sibles » selon l’expression de mon amie auteur, Syl­vie Doi­zel et Les 3 « Mar­gue­rite » qui ont rythmé ma vie, Duras à l’adolescence, Your­ce­nar plus tard et la matu­rité, Mar­gue­rite Porete.Cy Twom­bly !! Mark Rothko, Mark Tobey beau­coup d’autres,
Eva Hesse, Pier­rette Bloch, Julius Bis­sier, Chil­lida, Fau­trier, Robert Mor­ris, De Koo­ning, Klee, Penone, Toko Shi­noda, Vieira da Silva, De Vries, Joan Mit­chell, Helen Fran­ken­tha­ler, Nelly Sachs, Jacot­tet, Chris­tophe Tar­kos, Tho­reau (Wal­den), Syl­vie Doi­ze­let (l’ami invi­sible) et tous les vivants-amis artistes ou auteurs que je côtoie, évo­quer tous les noms de ces éveilleurs est un pur bon­heur, comme si un uni­vers sur­gis­sait à chaque fois,
Et puis, c’est aussi par­fois dans l’instant, il se passe quelque chose, ça peut-être avec une seule œuvre d’un artiste.

Qu’aimeriez-vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
Un an de moins

Que défendez-vous ?
Mon os (encore hélas !)

Que vous ins­pire la phrase de Lacan : “L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas”?
Une franche rigo­lade, libérateur !

Quelle ques­tion ai-je oublié de vous poser ?
Êtes-vous prête ?

Portrait par Élie Caparros

Elle a le monologue paysagiste

Elle a l’outil adéquat

Elle a le papier bristol tout taché

Elle a plusieurs fenêtre accrochées aux murs

Elle a une volière à papier

Elle est fine et noire

Elle a son coté clair

Elle a dans le regard un sentiment fin

Elle a dans le regard une empreinte vive

Elle attache à l’épingle ses futurs horizons

Elle humidifie d’abord le paysage

Elle tire sur les traits

Elle écrabouille les méandres en velouté

Elle ne touche pas le papier avec ses doigts

Elle a des mitaines en fer

Elle a l’outil adéquat

(…)

Elle a dans le regard un chat noir mais attention c’est un très gentil chat noir, attention tout de même …

L’Atelier, en creux dans la ville par Carine Salgas

atelier pano 2

Des murs blancs, purs, membranes légères.

Les fenêtres, quatre fois dans deux directions différentes, paupières ouvertes à la lumière, à la sauvagerie d’un jardin secret.

Des angles vagues, presque indisciplinés.

Nous sommes au centre d’un sillon où naît la pulsation, invités à tirer un fil, le mordre, le dérouler, s’y lier.

L’Atelier, en creux dans une âme, berce même l’acide, le noir des plaques, les fers perclus, la colophane, baumes, résines, cires, les grains d’humeurs éparpillées sur les reliefs lisses des murs et des tables.

Étrange simplicité, veloutée, antre de magicienne.

Et la machine, puissante, prête à appareiller, invite au voyage.

Une femme parfois, dans cette chrysalide, parle seule mais avec toutes les voix d’encres évadées de leur étagère ou d’une mémoire éclose.

 

Bio

J’ai 10 ans, Florence, galerie des offices, je crois que je ne réalise pas très bien ce qui s’y passe ; une graine est plantée

J’ai 20 ans, Montpellier, sur les bancs de la fac de lettres, j’écoute Paule Plouvier parler de Rimbaud, Apollinaire, puis première rencontre avec un poète vivant, Henri Pichette ; une graine est plantée

J’habite Vienne, Autriche puis New-York, je jobe et découvre les peintres américains et j’assiste à ma première lecture-happening ; une graine est plantée

J’ai 25 ans, j’habite Paris, coincée dans un métier inadéquat, je pars à Berlin, Kreuzberg, pour rendre visite à mes amis du squatt-Kerngehäuse

Déclic, je décide d’écrire ; en rentrant à Paris, fourmillements dans les doigts, c’est le dessin qui vient, les graines ont germé

Passage à l’école nationale supérieure des beaux-arts de Cergy, puis fac d’arts plastiques, Sorbonne (découverte de l’atelier de taille douce, c’est ça que je veux faire!), Agnès Carré m’initie au dessin

Premier atelier à Paris

J’ai 34 ans, je quitte Paris pour Berlin (8 années) et installe mon atelier dans une usine réhabilitée, Kerngehäuse, toujours à Kreuzberg.

Je vais en vélo à Bethanien Künstlerhaus travailler dans  les ateliers graphiques et j’expose avec frénésie : galerie Mizner park, grüner Salon in der Volksbühne avec le soutien de l’institut français, musée de Kreuzberg, kunstprojekt SEB an Tauentzien, biennale des arts galerie municipale de Baden-Baden, Galerie M Berlin, galerie hüning & reiprich Potsdam

J’ai 42 ans, j’installe mon atelier dans un tout petit village dans le sud de la France, à Planèzes, je me retire un temps

2018, retour de l’atelier en ville, à Perpignan